Canada : se battre, mais contre personne

Cette publicité pour le recrutement dans les Forces armées canadiennes est symptomatique de l'image incertaine que les armées ont aujourd'hui de leurs missions, et qu'elles contribuent à entretenir. On y voit 3 scènes différentes, se passant dans le Golfe d'Oman, en Afghanistan et en Colombie britannique, ainsi que des actions mouvementées mettant en évidence la capacité des militaires canadiens à gérer des situations de crise. Un mot revient, pour inviter le public cible à s'engager, un mot en majuscules : "FIGHT", combattre. Mais pas l'ennemi.

Depuis plus de 5 ans, le Canada a perdu 54 militaires en Afghanistan ; tout récemment, une attaque à l'explosif improvisé contre un véhicule blindé en a tué 6 d'un seul coup. Mais cela ne suffit apparemment pas à mettre la menace au coeur de l'institution militaire : le message de ce clip publicitaire porte bien sur le fait de combattre au sein des Forces armées canadiennes, mais il s'agit de combattre la peur, la détresse et le chaos. Pas de combattre des terroristes islamistes, des guérilleros taliban ou des narco-traficants pachtounes.

Cette abstraction désincarnée consistant à opposer des soldats à des situations et non à des ennemis, faute de vouloir ou de pouvoir identifier ceux-ci, s'oppose pourtant à la notion même de défense. Et l'application de la violence armée, qui reste le propre du soldats et fonde le droit de tuer, est presque entièrement absente de cette image expurgée de la chose militaire. On est loin du sang, de la sueur et des larmes qui illustraient la volonté de défense britannique, à laquelle adhérait pleinement le Canada, durant la Seconde guerre mondiale.

A force de vouloir se battre contre personne, on doit bien se demander pourquoi donc encore vouloir se battre...

Soumis par Ludovic Monnerat le Jeu, 2007-04-19 11:46

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