Soumis par Anonymous (non vérifié) le Dim, 2007-08-19 17:59
La mise en place du détachement de reconnaissance 10 permet de soulever un certain nombre d’éléments intéressants. Tout d’abord revenons sur ses missions. L’une d’entre elles est le rapatriement des citoyens suisses à l’étranger en cas de crise. Qu’est ce que cela implique? Prenons un cas concret pour mesurer à quel point cela pose problème : supposons que des ressortissants suisses soient en danger dans un pays africain (comme cela a été le cas en Côte d’Ivoire, Sierra Leone, RDC, Rwanda, Burundi, etc.). Ce détachement devrait alors avoir l’aval des autorités suisses, puis trouver un moyen de locomotion (rappelons que la Suisse ne dispose pas de moyens de transports aériens lourds comme C-130 Hercules ou C-160 Transall loué à l’Espagne) et une fois sur place, trouver des moyens de transport légers (hélicoptère Puma ou jeeps) pour se rendre dans les résidences de citoyens isolés en espérant que l’ambassade sur place (ou la DFAE) aura eu assez de temps pour lui fournir des données exactes sur le nombre et la localisation des individus, les risques, les itinéraires, les autres missions étrangères, etc. Cela me paraît difficilement réalisable, sans compter le risque d’accrochage, de devoir riposter et tuer des « civils armés » (quel droit applicable ? qu'en est-il de l'ingérence du pays?) ou d’avoir des pertes humaines dans ses rangs (la réaction en Suisse ne se ferait clairement pas attendre). Bref je crois que ce genre de mission fait appel à une grande logistique et un savoir faire que des armées comme la France, la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis possèdent, ces dernières ne se gênant pas pour procéder à l’extraction de leurs citoyens sans demander l’avis du gouvernement du pays en proie à des violences. Pour les ressortissants de « petits » pays, la meilleure solution reste, comme ce qui à été toujours fait depuis, de demander l’aide à des professionnels d’autres armées. Deuxièmement au sujet de la récolte de renseignement : la Suisse dispose du SRS, SRM, SRFA, pour les renseignements extérieurs, sans compter la DFAE et son réseau d’ambassades et d’analystes et enfin du SAP, qui bien qu’étant limité au renseignement interne, à son propre réseau pour s’échanger des informations venant de l’étranger. Mais alors quid du rôle de ce détachement ? Les envoyer sur le terrain incognito comme les SAS, le COS ou les SEALS ? Ou bien tout simplement se limiter à un briefing et débriefing du SRS ou SRM avant et après la mission ? Je doute que cela soit très bénéfique en matière de renseignement, à part peut-être dans le cadre d’un exercice grandeur nature avec d’autres armées (où on en profite pour récolter des informations) ou encore d’une guerre conventionnelle où le détachement serait envoyé derrières les lignes ennemies en Turbo Porter. Enfin pour ce qui est de la protection des citoyens ou plus généralement des intérêts suisses à l’étranger (comme les ambassades), la Suisse dispose des troupes de fortification. D’ailleurs ces dernières ne sont pas toujours envoyées dans des zones véritablement à haut risque (comme l’Irak), mais peut être que cela va changer avec ce nouveau contingent, ce qui permettrait de ne plus engager des sociétés privées. Pour résumer, je pense que l’idée de créer un pareil détachement est, en théorie, très intéressante, car il permet de « moderniser » l’armée en lui fournissant une unité capable de faire parler de lui d’un point de vue politique (un peu dans le genre de la mission de la Swisscoy). Malheureusement cela ne tient absolument pas compte des réalités du terrain, particulièrement des missions que la Suisse peut faire à l’étranger avec les moyens logistiques dont elle dispose ainsi que la volonté politique.

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