Planter des vis au marteau

Dans un article publié dans "Le Temps", différents intervenants décrivent leur vision pour le futur de l'armée suisse. On peut même y lire une volonté de transformer l'armée en "une sorte de police fédérale". Or, la police et l'armée sont deux éléments différents pour de bonnes raisons. Il ne suffit pas de partager un but commun (la sécurité) et quelques moyens techniques (la capacité d'user de la contrainte et de la force) pour être semblables.

Pour un agent de police, l'usage de la force est toujours l'ultime recours. La loi sur la police cantonale vaudoise précise par exemple que l'usage de l'arme "n'est autorisé qu'en cas de nécessité et doit être proportionné aux circonstances" (art. 25). A l'inverse, pour un engagement militaire, l'analyse de la proportionnalité tactique peut être reléguée au second plan dans la décision d'ouvrir le feu. Si la mission consiste à barrer ou à détruire, il est tout à fait envisageable d'organiser une embuscade ou même d'atteindre par l'artillerie un adversaire ne posant aucune menace tactique aux tireurs eux-mêmes.

Si l'on n'achète pas un marteau pour visser un panneau de bois, on ne devrait pas non plus conserver l'outil militaire et son obligation de servir avec des tâches de police comme première ambition. Il s'agit aujourd'hui de se demander si nous voulons conserver la capacité de planter des clous à côté de nos nombreux tournevis. Dans le cas contraire, nous courrons le risque d'entretenir des outils inappropriés, d'augmenter la confusion de l'opinion publique dans le débat sécuritaire et d'oublier pourquoi, au-delà de la nécessité historique de la masse, on a confié depuis l'antiquité aux citoyens libres la mission si particulière de la défense de la cité.

Soumis par Ruben Begert le Lun, 2010-07-26 11:29

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