La neutralité à la sauce du jour

Pour diverses raisons relatées amplement dans la presse helvétique, la société militaire privée Aegis Services serait sur le point d'implanter son siège administratif à Bâle.

Tout le monde, à commencer par le Prof. Stahel, s'insurge face à cet état de fait, sous-entendant que la neutralité de la Suisse risquait d'être sérieusement remise en question. Le Prof. Stahel lors d'un entretien dans le Tagesanzeiger dit: «Wenn eine Firma mit Sitz in der Schweiz beispielsweise im Irak für die USA operiert, ist das neutralitätspolitisch fragwürdig». Sur le fond, il a peut-être raison, mais j'aimerais ici m'insurger contre le fait qu'il est un peu facile de brandir la protection de la neutralité quand ça nous arrange.

On s'insurge contre le fait qu'une société militaire privée s'implante en Suisse, soit. Mais qu'en est-il des banques qui gèrent à qui mieux-mieux les avoir de dictateurs impliqués dans divers conflits, meurtres de masse, actes de terrorisme et autres actes répréhensibles? L'énumération de quelques noms permet d'imager le propos: Mobutu, Marcos, Abacha. Qu'en est-il des divers trafiquants en tous genres, perturbant largement la stabilité de pays, dont les avoirs sont bien souvent dans des banques suisses? Depuis de nombreuses décennies, la Suisse est considérée comme un des centres du blanchiment des capitaux provenant des quatre coins de la terre, selon les dires d'experts. Même si la Suisse possède dorénavant des outils de lutte permettant la dénonciation d'avoirs illicites, il reste à penser que ces actes dénoncés ne représentent que la pointe de l'iceberg.

Que penser de la Suisse participant aux activités du régime sud-africain en plein Apartheid? Que penser des entreprises pharmaceutiques qui refusent de baisser les prix de certains médicaments qui permettraient de sauver des pans de population entiers dans certains pays? Là aussi, les intérêts financiers semblent passer avant le respect d'une certaine neutralité.

Neutralité, neutralité... Voilà bien un terme que la plupart des Suisses semblent brandir uniquement lorsque ça les arrange bien. On pourrait appeller cela la neutralité à la sauce du jour.

Il serait souhaitable de plancher une fois pour toute sur ce terme et de le repositionner correctement. Car il ne faut pas se leurrer, la Suisse n'est neutre que sur le papier et dans la tête de certains politiciens frileux, lorsqu'il s'agit de contribuer à un effort international, par exemple dans le cadre du maintien de la paix.

La neutralité avait son rôle à jouer dans l'affrontement est-ouest... Est-ce toujours le cas dans un environnemnt globalisé?

Soumis par David Humair le Jeu, 2010-08-19 10:18

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