Philippe Barraud

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Les munitions à la maison, c’est fini. Demain, c’est l’arme qui restera à l’arsenal. C’est ainsi que petit à petit, les dames bien-pensantes du parlement et les médias auront la peau de l’armée de milice. Comme quoi un patient travail de sape permet d’arriver bien plus efficacement à la liquidation de l’armée, que des initiatives radicales à répétition. La radio nous a servi les commentaires ravis de diverses élues — roses, vertes et mordorées — trop heureuses d’avoir convaincu le Conseil des Etats de sacrifier à l’antimilitarisme ambiant, en interdisant aux militaires d’emporter leurs munitions à la maison. On nous dira que c’est un bienfait pour la sécurité publique. On répondra qu’il ne s’agit que d’une gesticulation hypocrite. Après tout, le nombre de morts par usage de l’arme et des munitions de service demeure dérisoire. Si les dames du parlement se préoccupaient vraiment de la sécurité de leurs concitoyens et de leurs enfants, elles agiraient contre les vraies menaces mortifères, celles qui font des milliers de morts inutiles chaque année — cigarette, circulation, pollution, malbouffe... En réalité, cette instrumentalisation de l’émotion populaire qui surgit chaque fois qu’un cinglé utilise son arme de service pour régler ses comptes, est avant tout la nouvelle stratégie des milieux de la gauche pour supprimer l’armée. Ils ont trouvé là un terreau très favorable, émotionnel et politiquement correct. Surtout, ils ont compris que pour que les Suisses finissent par lâcher l’armée de milice, il fallait d’abord détruire tout l’appareil mythique qui entoure l’institution, ces particularités uniques au monde qui suscitent encore, chez de nombreux Suisses, un réel attachement à leur armée, qui va bien au-delà du rationnel. Lorsque notre armée (vous voyez: on dit encore «notre» armée) sera devenue un petit corps de professionnels et de techniciens plus désincarnés que jamais, les Suisses la regarderont avec distance car ils ne s’y reconnaîtront plus. Peut-être même qu'ils en auront peur. Le moment sera venu alors de porter le coup de grâce, et d’abandonner notre défense à nos bienveillants voisins. Déjà, les dames sus-mentionnées préparent la prochaine étape, l’interdiction de l’arme au domicile des soldats. Demain sans doute, elles exigeront qu’on ne voie plus de militaires dans les gares et dans les trains, pour ne pas traumatiser les enfants — sans parler des avions de combat, évidemment, qu’il faudra clouer au sol. Dans son excellent roman d’anticipation «Forteresse», l’écrivain fribourgeois Georges Panchard raconte l’histoire (on est en 2039) d’une directrice d’école suédoise condamnée à une lourde peine de prison et de rééducation, parce que des élèves avaient trouvé au fond de la caisse à jouets pédagogiques des soldats de plomb. Découverte qui avait profondément traumatisé les enfants, malgré l’appui de bataillons de pédopsychologues. Vous verrez, un jour, nous en arriverons là, sous les coups d’un pacifisme légèrement totalitaire qui s’installe gentiment dans les esprits.   Philippe Barraud   Cet article a paru sur Commentaires.com et a été reproduit ici avec l'autorisation de l'auteur, que la RMS remercie.
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