Philippe Zahno

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Comment fonctionne la communication de l'Armée suisse? Quelle est sa stratégie? Quels sont ses effectifs et son organisation? Quels sont ses résultats et les améliorations potentielles?   Analyse de la situation Trois-quarts (75%) des Suisses acceptent l'Armée suisse telle qu'elle existe en 2006. Au cours des vingt dernières années, l'armée n'a connu qu'une seule fois une telle popularité. C'était en 1995. Ces chiffres émanent de l'étude annuelle 2006 de l'Institut de recherche de politique de sécurité de l'EPFZ. De 1987 à 1994 et de 1996 à 2005, l'acceptation de l'armée a oscillé entre 59 et 73%. Qui s'en souvient? La mise en œuvre d'Armée 95 avait provoqué une chute de 15% et il avait fallu quatre ans pour remonter de 63% à 73% (+10%). En comparaison, Armée XXI a chuté de 13% et deux ans seulement ont suffi pour remonter de 59% à 75% d'acceptation dans la population (+16%). La performance d'Armée XXI est largement supérieure à celle d'Armée 95. D'autre part, 81% des sondés estiment que l'armée doit être bien équipée et bien instruite. Il s'agit d'un record. En 1996, 67% de la population avait répondu positivement à cette question et 57% avaient déclaré qu'il fallait diminuer les Forces armées. En 2006, ils ne sont plus que 38% à penser que l'armée est trop grande.   De novembre 2003 à février 2004, les médias ont rédigé des articles très positifs sur la nouvelle armée. L'attente de changement était grande. En mars 2004, une campagne lancée par le Blick ("Chaos in der Armee") au sujet des effectifs dans les écoles de recrues a fait plonger les statistiques, mais les problèmes ont été rapidement résolus et l'acceptation médiatique est remontée à son plus haut niveau en juillet. Au mois d'août 2004, un journal dominical a publié un rapport interne très critique à l'égard de la culture de la conduite au sein du département. Pas moins de 384 articles ont été recensés en août 2004, pour l'essentiel très négatifs. Cet épisode a marqué durablement les médias. Il a fallu attendre mars 2006 pour que la moyenne des articles observés redevienne positive. Preuve a été ainsi administrée que la réputation du DDPS et l'image de l'armée sont étroitement liées, Le total des professionnels de la communication au sein de la Défense (communication interne et externe, production, instruction) est de 53. Souvent l'objet de critiques, ce chiffre est en fait extraordinairement bas en comparaison internationale: 140 professionnels en Autriche, 400 en Italie, 1400 en France et 1500 en Allemagne. Bien que les organisations ne soient pas directement comparables, ces chiffres donnent des indications sur les moyens à disposition de la communication des armées.   Planification L'Armée suisse dispose depuis 2004, et pour la première fois dans son histoire, d'un concept général de la communication incluant des lignes directrices stratégiques, des idées maîtresses, des directives organisationnelles et une description des activités à tous les niveaux hiérarchiques (www.armee.ch). L'armée applique le principe de communication intégrée d'entreprise. S'appuyant sur ce concept général, valable pour une législature, le Conseil de direction de la Défense approuve chaque année une planification de la communication applicable dans l'ensemble du système, du chef de l'Armée jusqu'aux unités. Ces documents de base, qui assurent la conduite et la cohérence de la communication, sont initiés par la fraction d'état-major communication, donc par des officiers de milice.       Organisation L'ancien Service d'information à la troupe (SIT) comptait 250 officiers de milice. L'organisation actuelle de la communication de l'armée comprend 180 officiers de milice (4 par état-major de grande unité et 1 par bataillon ou groupe, 25 au sein de la fraction d'état-major communication). L'organisation professionnelle de la communication de la Défense comprend aujourd'hui 23 personnes, en diminution de quatre depuis 2004, chargées de la communication interne et externe et de la conduite de la communication de l'armée (4 au niveau de l'EM CdA, 6 aux Forces terrestres, 5 aux Forces aériennes, 3 à la Base logistique de l'armée, 1 à l'Aide au commandement, 1 à l'Etat-major de planification, 2 à l'Etat-major de conduite, 1 à l'Instruction supérieure des cadres). En plus de leurs activités à caractère civil, le chef de la communication de la Défense et les chefs de la communication des Forces exercent aussi les responsabilités militaires qui étaient autrefois dévolues au chef SIT de l'Armée, un brigadier, et aux chefs SIT des Corps.   Produits La Base de communication de la Défense assure de manière centralisée la conception et la réalisation des produits de communication ainsi que l'instruction de la communication. Elle a supprimé 7,2 emplois depuis 2004 et en compte encore 58,8, dont une moitié dans le domaine de la communication à proprement parler, l'autre moitié s'occupant de la production de supports destinés à l'instruction.  L'armée diffuse le journal Armée Actualités (235'000 exemplaires) en 24 versions différentes, déclinées par grandes unités et par langues. Les militaires reçoivent le journal deux fois par année. Le noyau du journal, centralisé et produit par la Défense, est consacré aux grands thèmes liés à l'armée, tandis que les brigades disposent du manteau de la publication pour un contenu décentralisé. Le personnel de la Défense reçoit quant à lui la publication INTRA tous les trois mois. Elle est aussi distribuée aux retraités. Ces deux journaux permettent d'atteindre de manière cohérente et coordonnée tous les militaires et l'ensemble du personnel à domicile. Les familles peuvent les consulter. Le site Internet de la Défense est visité par 15'000 personnes en moyenne quotidienne et contient à l'heure actuelle 35'000 pages. Les commandants de troupe trouvent sur Internet de nombreux supports de communication qu'ils peuvent utiliser ou distribuer lors des cours, par exemple des brochures ou des exposés type. Plusieurs fois par année, la Base de communication organise la participation de l'armée, et le cas échéant du DDPS, à des comptoirs ou à des expositions publiques (OLMA, BEA, Comptoir suisse, Foire du Valais, Cité des Métiers, etc). Toutes les manifestations auxquelles l'armée a participé ces dernières années ont connu des records de participation. En 2005, à titre d'exemple, la Base de communication a réalisé les prestations suivantes: 58 produits des Relations publiques Défense dont les journaux et les manifestations publiques déjà mentionnés ainsi que les produits destinés au recrutement (flyers, brochures, films, etc), 45 éléments interactifs destinés à l'instruction, 60 supports audiovisuels, 15'000 photos, 250 imprimés divers. L'instruction fait également partie du catalogue de la Base de communication. Plus de 200 cours de communication été donnés en 2005 à quelque 3000 participants. Des certificats reconnus civilement couronnent certains modules. Tous les futurs officiers acquièrent les rudiments de la communication.   Controlling Le controlling est l'un des cinq éléments indissociables de la communication intégrée. Il est essentiel de vérifier les résultats des activités de communication. L'armée dispose de plusieurs moyens. Elle effectue un controlling stratégique par une analyse intégrée de l'évolution des thèmes d'actualité et de sa réputation, elle dispose d'un controlling interne à l'administration de la Défense et elle procède à un controlling opérationnel de l'effectivité des mesures et produits individuels. Cette évaluation permanente permet à l'armée d'adapter la stratégie, la planification, les moyens et les mesures de communication afin de mieux atteindre les objectifs fixés par le concept général. Deux instituts universitaires et deux entreprises spécialisées ont été ou sont actuellement impliquées dans le controlling.   Conclusion Les sondages effectués en 2006 auprès de la population et des médias ont montré des résultats positifs. L'acceptation de l'armée a massivement progressé. Toutefois, deux difficultés concrètes ont été identifiées après trois ans de fonctionnement de la communication XXI. Premièrement, la troupe n'est pas suffisamment alimentée car les commandants n'ont pas pris l'habitude d'aller chercher les informations sur les serveurs électroniques. En second lieu, la ligne ne conduit pas la communication avec l'intensité souhaitée, considérant qu'il s'agit encore et toujours d'une mesure d'accompagnement. Il s'agira de remédier à ces deux lacunes dès 2007. Les officiers généraux seront notamment appelés à montrer plus de présence publique, dans les médias et lors de manifestations. Dans les milieux qui se sont opposés au projet Armée XXI puis à son développement, il est courant d'affirmer que la communication de l'armée n'est pas suffisante. En fait, ces cercles en veulent plus à la nouvelle armée qu'à sa communication. D'autre part, la polarisation politique en Suisse entraîn l'armée dans son sillage. L'armée pourrait se sentir fière de figurer au rang des principales préoccupations politiques, mais dans les faits cela complique la tâche de la communication, appelée par principe à travailler dans le long terme mais souvent confrontée à des déclarations publiques à l'emporte-pièce.   Philippe Zahno, Chef de la communication de la Défense
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