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Contrôle démocratique sur l'Armée

La NZZ du 16 avril 2007 commente le procès des trois journalistes du Sonntags-Blick en ces termes vaseux :

"A une époque où le contrôle démocratique sur les forces armées a gagné en importance, les procédures de justice militaire impliquant des civils ne font pas bonne impression".

Le commentaire laisse donc supposer, reprenant ainsi insidieusement les slogans des membres du GSsA manifestant devant le tribunal, que la liberté d'expression de ces journalistes, pauvres civils sans défenses, serait menacée par un Tribunal militaire partisan et illégitime, voire limite "fascisant". Vieux fantasmes antimilitaristes. Le verdict du procès a prouvé le contraire, à savoir l'indépendance de la justice militaire. Ajoutons encore que la NZZ se garde bien (volontairement?) de préciser qu'une cour militaire est avant tout une justice spécialisée qui reste actuellement la plus apte à légiférer en matière de "violation du secret militaire". Rappelons encore que dans notre système de milice, un journaliste, un paysan ou un banquier, en plus d'être un civil, est également un citoyen-soldat et porte à ce titre sa part, certes infime, de responsabilités dans la protection de la Cité et de sa population. Argument qui n'a d'ailleurs - à ma connaissance - jamais été avancé lors du procès.

Un mot maintenant à propos du "contrôle démocratique" sur l'Armée. On ne voit guère en quoi celui-ci aurait "gagné en importance" ces dernières années. On serait même tenté de dire que c'est plutôt l'inverse qui se produit, notamment en raison de l'affaiblissement du système de milice (plus de 30% de réformés parmi les nouveaux conscrits, apparition du service long, professionnalisation rampante, désarmement du citoyen-soldat, etc.). Or, la milice permet justement la représentation du plus profond socle identitaire de la Nation au sein de l'Armée, assurant ainsi un lien organique et durable entre l'Etat et la Nation.

Ce lien rompu, l'Armée se trouve progressivement coupée du peuple et apparaît de plus en plus comme un instrument exclusivement aux mains de l’Etat, et conçu à l’écart du peuple. Ce fossé entre le Pays Légal et le Pays Réel est également palpable sur le plan politique avec l'affaiblissement de la démocratie directe et la possibilité au Parlement de désormais réformer l'Armée par des ordonnances, excluant ainsi le peuple du processus de décision.

Notre système de milice, basé sur la conscription obligatoire, est donc garant du plus grand "contrôle démocratique" possible, puisque notre Armée est ainsi constituée du dèmos même.

Soumis par Alain Mermoud le Ven, 2007-04-27 13:21
Soumis par Ludovic Monnerat le Ven, 2007-04-27 17:59

On notera que les attaques contre la justice militaire portent avant tout sur la forme, et ne considèrent généralement pas le fond des décisions, et donc le fonctionnement des tribunaux où siègent des juristes en uniforme.

En l'occurrence, le verdict de cette affaire est étonnamment clément et prête plutôt le flanc à une critique autre, à savoir si le tribunal - et l'auditeur en chef de l'armée, qui a décidé de ne pas faire recours - n'ont pas été influencés par la pression médiatique et par la contestation de la justice militaire, et non de ses jugements...

Soumis par Alain Mermoud le Ven, 2007-04-27 19:43

Critique pertinente, en effet!

Cependant, il me semble que l'on peut aussi parler de critiques sur le fond, notamment au vu de la banderole déployée par le GSsA

 

Banderole du GSsA

 

dans le cadre de sa campagne "Aktion gegen Militärjustiz", qui oppose liberté des médias et justice militaire. Le GSsA ne détient évidemment pas le monopole de la critique à l'encontre de la justice militaire, il existe (heureusement!) des critiques plus modérées et plus constructives. Mais je m’étonnerai toujours de voir à quel point certains journalistes sont perméables aux idées de cette petite association satellite de l’extrême-gauche, qui ne représente en définitive qu’elle-même...