WeblogL'impasse GalileoLe programme de localisation GPS Galileo, présenté comme une étape indispensable de l'émancipation spatiale européenne face au système GPS américain, n'en finit plus de faire des vagues. Comme le révèle le journal Le Temps, retards et trous dans le financement sont progressivement en train de devenir colossaux. Mais c'est moins leur ampleur que les solutions présentées pour y remédier qui posent problème. Le 16 mai, la déclaration de Jacques Barrot, commissaire aux Transports de l'Union Européenne, a eu le mérite de ne pas cacher la sitation du programme: il s'agit ni plus ni moins de "sauver" Galileo. Dans ce but, la Commission européenne serait prête à pallier aux "défaillances" du consortium privé en charge du mandat depuis 2002, qui accuse deux ans de retard, contre un financement de 3.7 milliards d'Euros par les 27 Etats membres. On est très loin du milliard d'Euro évoqué à l'origine du projet. Un seul satellite a été lancé sur les 30 prévus, pour réserver la fréquence du système. La mise en service initialement planifiée pour 2012 paraît bien difficile à tenir. Compte tenu de ces retards, l'intérêt même de Galileo est revu à la baisse: il deviendrait opérationnel à peu près en même temps que la nouvelle génération du GPS américain, le GPS II, prévu pour l'horizon 2013-2014... En outre, cette manne publique soudaine altère un des points centraux du système, puisqu'il s'agit de fait d'une "nationalisation" à l'échelle européenne d'un programme civil à l'origine. Il était jusque-là aux mains de l'Agence spatiale européenne (ESA) et d'une agence indépendante composée de neuf entreprises privées (Alcatel, Thales, Immarsat, EADS, Finmecanica, Aena, Teleop et Hispasat.) Or, la redistribution des cartes expulse de fait les membres partenaires du programme qui ne sont pas membres de l'Union Européenne, comme la Suisse. Les entreprises helvétiques seront-elles encore sur les rangs lorsqu'il s'agira d'allouer les lucratives licenses d'utilisation de Galileo? Selon un officier: «Les militaires redoutent qu'une future concurrence Galileo-GPS n'aboutisse à une très coûteuse surenchère spatiale dans une période où la France, l'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni sont en train de dépenser des milliards pour moderniser leur aviation». D'autant que la Russie et la Chine ont aussi leurs projets satellitaires... Le gâteau annoncé pour le marché des services de positionnement par satellite risque d'être partagé entre plus de convives que prévu. Une note de l'institut Stratfor enfonce le clou - en lançant certaines insinuations qui ne sont peut-être pas purement spéculatives: «Galileo sera de toute façon en retard, trop cher, et seulement utile aux pays qui prévoient dans l'avenir un conflit avec les Etats-Unis.» Un conflit? Le mot est peut-être trop fort. Mais on ne peut le ramener en deçà d'un risque de "divergence majeure" des Européens - en tout ou en partie - qui risquerait de les exposer à une cessation de la license d'utilisation gratuite dont ils disposent auprès du GPS américain. A moins que la finalité de Galileo ne soit de fournir un service de positionnement aux ennemis des Etats-Unis, comme Cuba ou l'Iran... Il restera toujours la possibilité de faire porter le blâme de l'échec probable du projet Galileo aux bouc-émissaires habituels, des pays européens comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, coupables d'être trop sensibles aux vues américaines. Et de ne pas vouloir dilapider l'argent public? Décision sera prise lors du sommet européen du 21 au 22 juin. Soumis par Stéphane Montabert le Jeu, 2007-05-24 11:25
|