RevueViolence urbaine: COIN et MOUT
La difficulté présente est qu'un même conflit, en raison de la multiplicité des acteurs, connaît une surenchère de méthodes, d'objectifs et d'actions plus ou moins bien coordonnées, parfois contradictoires. Même si les armées conventionnelles et, dans une moindre mesure, les groupes insurgés, sont engagés en priorité dans un seul type d'action (défense, surveillance, sûreté, CIMIC, coopération, démonstration de force, embuscade), à l'échelon tactique et opératif, il est nécessaire de suivre, d'agir et de conduire/maîtriser simultanément de nombreux volets d'engagements. Ces types d'engagements sont définis dans les manuels et la doctrine, sous des entrées différentes. Citons par exemple:
La gestion des contradictions qui peuvent résulter de ces superpositions de types d'engagement nécessite une maîtrise de l'information et de la communication, afin d'expliquer les démarches, les choix et les actions entrepris, afin de permettre à l'opinion d'accepter ou du moins de comprendre ceux-ci. Nous avons cherché les références et les principes d'action pertinents aux actions actuelles. Le but de ce résumé est de lutter contre l'éclatement du savoir et des spécialités au sein des forces. Pour autant que la victoire ait encore un sens, elle appartient dans tous les cas à ceux qui sortent la tête du guidon, afin de gagner la vue d'ensemble et définir l'horizon tactique, opératif ou stratégique. Une insurrection nécessite trois pré-requis: une population vulnérable, un leadership et une faiblesse de la gouvernance à l'échelon nationale. De plus, d'autres conditions sont nécessaires: un soutien populaire, une unité d'effort, une volonté de résistance, une organisation de conduite, la discipline, des renseignements, la propagande, un environnement favorable (opinion, situation économique), un soutien extérieur. On peut se demander si aujourd'hui, ce soutien extérieur est encore indispensable? Au sein d'opérations anti-insurrectionnelles, il existe trois groupes de cibles: la population, les insurgents et les acteurs externes. On peut ajouter désormais l'opinion publique des pays tiers, du pays déployant des troupes, sans parler des acteurs privés aux motivations et intérêts divers: entreprises multinationales, ONG, organisations internationales. Tout pays engageant des forces dans un pays étranger devient un acteur du conflit. Dans le cas des USA, la désignation de ce type d'opération, Foreign internal defense (FID) ne laisse planer aucun doute sur les enjeux pour le gouvernement américain (2). Cette conception fait planer des doutes sur la capacité à rétablir l'ordre, la sécurité ou la stabilité dans un pays en guerre, voire de rester neutre. Est-il alors possible de participer à du Nation building sans prendre activement parti? L'action de troupes suisses dans le cadre d'opérations de maintien de la paix (PSO) est-elle la même sur le terrain et en Suisse? La doctrine COIN américaine est basé sur une montée en puissance: conseillers, renseignement, appui, etc. L'engagement de formations de combat est, en principe, un effort ultime pour redresser la situation. Comment gérer une crise dans le cas où le combat est organisé avant la mise en place d'une administration et d'une gouvernance locale? Peut-on encore croire qu'un gouvernement "importé" de l'étranger est crédible? Les cas afghans et irakiens rappellent terriblement l'entreprise de mettre en place, en France en 1944 puis en Allemagne en 1945, une AMGOT (American Government) d'occupation. Les 5 principes à respecter dans une COIN sont: 1. La proportionnalité (appropriate) 2. La justification 3. Utiliser le minimum de forces 4. Choisir des engagements au profit de la population (benefit) 5. Faire le moins de dommages possible (damage)
Les principes du combat en zones urbaines (CEZU - MOUT) sont :
Les points-clés peuvent se définir sous la forme de passages obligés, mais peuvent également inclure des infrastructures vitales ou des endroits/bâtiments symboliques. La tactique consiste à concentrer des forces sur des actions/objectifs ponctuels. Avant toute intervention, ceux-ci doivent être "isolés" par l'observation et le feu. A cette fin, les armes lourdes ou à longue portée à trajectoire directe - chars, snipers - sont les mieux adaptés. Les formations d'infanterie, "l'arme des 300 derniers mètres...", sont traditionnellement les plus sollicitées dans les engagements CEZU/MOUT. Cependant, elles sont lentes, extrêmement vulnérables, disposent d'une faible puissance de feu et d'une faible capacité de réaction/transition. Afin de les protéger, de maintenir leur orientation (situational awareness) et d'augmenter leur capacité de réorganisation/transition, ces formations doivent disposer de véhicules de transport blindés et escortées/appuyées par des armes lourdes. La coopération interarmes est essentielle. Le panachage s'effectue jusqu'aux échelons les plus bas (groupe/section). 70 % de la population mondiale vit actuellement dans des zones urbaines. Ce taux ne peut qu'augmenter ces prochaines années, en raison de l'exode rural dans les pays en voie de développement. Le taux est encore supérieur dans les pays industrialisés. Les villes sont donc devenues le terrain d'action prioritaire des engagements humanitaires, d'urgence, mais également des conflits armés. Or on constate dans le même temps que:
Bien sûr, les uns rêvent de Paix et les autres rêvent de bataille rangée ou de chevalerie. Il est urgent de se mettre à la page...
Major EMG Alexandre Vautravers
Source : EclairaGE No.7, 2006 Légende : unitée américaine en Irak, 2003 (source Université de l'Ohio) Soumis par Ludovic Monnerat le Jeu, 2006-08-31 18:44
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