Revue

Le nouveau Chef de l’Armée et ses nombreux défis


Br Roland NefLe Conseil fédéral a nommé vendredi dernier le brigadier Roland Nef comme nouveau Chef de l'Armée au 1er janvier 2008. Une nomination surprise qui annonce de nombreux défis.

La désignation de l'homme qui succèdera au commandant de corps Christophe Keckeis met fin à des mois de suspense, mais suscite également la surprise : en choisissant le brigadier Roland Nef comme futur Chef de l'Armée, Samuel Schmid a trompé tous les pronostics et choisi un officier général peu connu du grand public.

L'actuel commandant de la formation d'application des blindés et de l'artillerie, âgé de 47 ans, va ainsi prendre la tête de l'armée à l'instant où celle-ci doit appliquer la première optimisation de la réforme Armée XXI. Et les défis qui l'attendent ne seront pas uniquement ceux générés par la tâche qui lui incombera.

 

Défis externes et internes

La situation difficile de l'armée est connue : une pression budgétaire énorme, des engagements croissants et une polarisation politique qui régulièrement provoque des blocages. L'étape de développement 08/11, qui répond à l'évolution de la situation stratégique pendant le processus de réforme Armée XXI, devra ainsi être mise en œuvre dans des conditions sans doute délicates, selon les résultats des élections fédérales de l'automne prochain et leurs conséquences au niveau de l'exécutif comme du législatif.

Plusieurs grands chantiers sont consubstantiels à cette étape de développement : la digitalisation de l'armée, avec l'introduction de systèmes de commandement et d'équipements individuels modernes, le développement des missions à l'étranger, en situation de crise ou dans la promotion de la paix, l'acquisition de nouveaux équipements essentiels comme l'avion de combat remplaçant le Tiger, mais aussi l'amélioration des conditions du personnel enseignant, victime d'une hémorragie insupportable.

Pourtant, certains défis sont aussi internes : les structures de l'Armée XXI n'ont pas encore trouvé leur rythme de croisière, et des interrogations restent encore sur les rôles respectifs des grands états-majors directement subordonnés au Chef de l'Armée. La fonction même de ce dernier, nouvelle pour l'armée suisse en-dehors des périodes de mobilisation, est encore contraire à une culture de commandement qui, traditionnellement, recherche la division du pouvoir et tend inexorablement au primus inter pares.

Dans ce cadre, la nomination d'un jeune brigadier au poste suprême est un geste politique significatif à l'endroit des officiers généraux situés à la tête de l'armée, qui ont fait acte de candidature et dont les compétences sont reconnues. De toute évidence, le Conseil fédéral a désigné un homme qui pourra agir dans la continuité à la condition de pouvoir asseoir d'emblée son autorité et incarner un poste fortement exposé. Les conseils de son futur prédécesseur, régulièrement pris à partie dans des termes parfois scandaleux, pourront s'avérer précieux.

On espère d'ailleurs que l'armée pourra continuer à compter sur les services du commandant de corps Keckeis après sa mise à disposition : un général doté d'une telle énergie et au bénéfice d'une telle expérience, que les turpitudes de la Berne fédérale ont fatigué mais non brisé, peut encore nous apporter beaucoup, notamment dans la formation des états-majors supérieurs et comme consultant au profit de la direction de l'armée. A une époque où les militaires ne bénéficient plus guère de soutien à Berne, resserrer les rangs s'impose...
Soumis par Ludovic Monnerat le Dim, 2007-06-10 21:05