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Un nouvel épisode dans l'affaire Rushdie

L'anoblissement au titre de chevalier de l'écrivain par la reine Elizabeth II a provoqué des vagues jusqu'au Pakistan, où le Ministre des Affaires Religieuses a jugé que le geste pouvait justifier des attentats suicide. Lundi, Ijaz-ul-Haq a ainsi déclaré devant l'Assemblée Nationale pakistanaise que "si quelqu'un lance des attaques avec des bombes attachées à son corps pour défendre l'honneur du Prophète, alors elles sont justifiées".

Pour une fois, le gouvernement britannique ne s'est pas laissé démonter: non seulement l'auteur des Verset Sataniques - qui a passé le tiers de sa vie caché à cause des menaces proférées par des islamistes à son encontre - doit toujours recevoir son titre, mais l'ambassadeur de Sa Majesté à Islamabad, Robert Brinkley, s'est confronté aux autorités parkistanaises. Il a ainsi précisé sur le sujet: "le gouvernement britannique est très clair; rien ne peut justifier des attentats suicide."

Toutefois, le palais de Buckingham a prudemment précisé qu'il était peu probable que Salman Rushdie reçoive son titre avant octobre... Doit-on y lire le début d'un repli tactique? Le quotidien anglophone The News estime que l'octroi du titre de chevalier et de "Sir" à Rushdie ridiculise les efforts pour lutter contre l'extrémisme des islamistes. Selon un éditorialiste, "la décision de la Grande-Bretagne (...) est l'une de ces folies inexplicables destinées, semble-t-il, à rassembler les forces de l'extrémisme dans ce monde dangereusement instable." Donc, comme d'habitude, il faudrait peser chaque acte selon la réaction qu'il pourrait provoquer chez les extrémistes - ce qui revient à les laisser guider nos vies.

Certes, derrière l'agitation se cache la volonté de la part des autorités pakistanaises d'exploiter l'événement pour des questions de politique intérieure. Le petit scandale de ces dérapages verbaux permet à la population musulmane pakistanaise de ressouder ses rangs. Les autorités iraniennes marquent sans doute leur indignation pour les mêmes raisons. Mais ce n'est pas tout.

Des islamistes pakistanais ont brûlé des effigies de la reine. Des conservateurs en Iran ont aussi vilipendée la décision de la couronne, parlant d'acte d'"islamophobie". Le Sénat du Pakistan a "exigé le retrait du titre de chevalier" accordé à l'auteur des "Versets sataniques."

Pourtant, l'Iran est chiite alors que le Pakistan est sunnite. L'Iran est l'adversaire déclaré des Etats-Unis et d'Israël alors que le Pakistan s'est retrouvé dans le camp occidental de la "guerre contre le terrorisme." L'indignation musulmane, même artificiellement exagérée, dépasse ainsi frontières et clivages politique; mais elle s'étend également verticalement au sein d'un pays, affectant autant le gouvernement que le petit peuple.

Une fois de plus, l'indignation permet de révéler l'agitation perpétuelle qui affecte les pays musulmans, toujours à deux doigts de la violence. On ne saurait restreindre cette agitation proto-extrémiste à une simple frange de la population. A moins bien sûr que de brûler l'effigie de dirigeants étrangers, à défaut de mieux, ou de justifier des attentats suicide au plus hauts niveaux de l'Etat ne soit que les conséquences d'une saine liberté d'expression...

Soumis par Stéphane Montabert le Mer, 2007-06-20 10:54