WeblogViolence chez les jeunesA trois mois du renouvellement du Conseil national, la violence des jeunes est un enjeu électoral majeur ces temps-ci, soulignant une question de société lancinante depuis plusieurs années dans notre pays. C'est sans doute ce thème, entremêlé avec les questions d'intégration des immigrés, qui a permis à la droite de se refaire une santé, en passant d'une posture souvent perçue comme passéiste, à un discours plus offensif et plus activiste. Il s'ensuit un débat parfois vigoureux entre adeptes de méthodes expéditives et partisans des vieilles recettes à base de prévention. Un débat qui repousse parfois des frontières idéologiques que beaucoup croyaient intangibles. Si la ligne de l’UDC a régulièrement confirmé sa volonté de fermeté, qu'on se rappelle par exemple les propositions très fermes de la socialiste zürichoise Chantal Galladé, préconisant la prison pour des délinquants encore mineurs. Tout en s'opposant à une telle radicalité, le PS avait adopté, le 19 juin dernier, un « papier de fond »[1], préconisant notamment la création d'une « police des jeunes » et des interventions directes dans le milieu familial des jeunes délinquants. Il y a quelques années, on avait pu noter une évolution similaire des positions de gauche chez nos voisins français, s'appropriant de façon bien inattendue la notion de « tolérance zéro ». Hors du champ strictement politique, ces questions complexes ont également pris une visibilité accrue. Inutile de trop s'attarder sur le battage médiatique dont elles font l’objet depuis plusieurs années, et auquel chacun est confronté quotidiennement. On notera qu'un récent numéro de Mise au point, sur Toutefois le véritable débat ne se situe pas à ce niveau précis, mais sur un thème qui semble emporter l'adhésion du plus grand nombre, concernant la nature de cette violence. Il semble acquis qu'elle soit en constante augmentation depuis les années nonante, en fréquence mais surtout en degré. L'opinion prévaut que « les jeunes sont toujours plus violents » et que certains de leurs actes relèvent toujours plus d'une forme de barbarie que l'on croyait éradiquée dans nos sociétés développées. Malgré les statistiques officielles et les analyses des sociologues, on est en droit d'en douter, ceci pour des raisons qui relèvent plus du simple bon sens que de la recherche académique pure. Il faut remarquer, en tout premier lieu, qu'il est normal qu'une jeunesse soit turbulente. L'agitation pour le plaisir de l'agitation, les grandes espérances, les prises de risques délibérées font partie de ses attributions. De même qu'un nourrisson silencieux peut être inquiétant, une jeunesse trop calme n'est pas un signe de bonne santé d'une communauté ; le premier, parce qu'il ne se sert pas de son seul moyen d'exprimer ses besoins, la seconde parce qu'elle renonce à conquérir sa place au sein du collectif. Les sociétés occidentales ont développé, depuis les évènements de Mai 68, une phobie de la confrontation qui mène à une pente extrêmement glissante, où les débordements acceptables et les menaces pour la stabilité de la société sont traités avec la même rigidité. Il est d'autant plus difficile de faire cette différence vitale pour des professionnels de la sécurité. C'est pourtant à eux, en tout premier lieu, qu'il importe de limiter les dérives sécuritaires et de garder la société d'une sécurisation outrancière et néfaste à toutes les libertés que nous voulons défendre. Pour s'affranchir des grilles de lectures réductrices et considérer la violence des jeunes sous un angle nouveau, l'observateur honnête doit mettre en parallèle l'obsession sécuritaire supposée de « droite » (à savoir cette tendance à voir en la jeunesse un potentiel criminogène per se) et... l'obsession sécuritaire de gauche qui s'attaque à l’arme de service, aux injures libératrices, à la violence « ludique » des stades de foot, voire à l’expression même de la colère. Tout ceci, bien que relevant en apparence de philosophies ennemies, relève d’une même menace de l’Homme libre, sans distinction politique ni philosophique. C’est la société du Risque Zéro, où l’armée n’a plus son rôle à jouer puisque la police la supplante intégralement – pire : où elle n’est qu’un auxiliaire de cette dernière, ne sortant de ses casernes que pour mâter des troubles dépassant les compétences des forces de l’ordre. Qu'on se rappelle les rumeurs d'intervention des troupes françaises contre les émeutiers de 2005. La peur de l'Etat ne doit pas devenir la peur du citoyen – c’est au contraire quand l’une est l’exact contraire de l’autre qu’un équilibre véritable entre civils et gouvernants se met en place. Si le maintien de l'ordre ne doit pas être méprisé au nom des valeurs « humanistes », la liberté des individus ne doit pas être sacrifiée à la sécurité de leurs élus. Le 15 juillet dernier, Le Matin publiait un sondage de l'Institut ISOPUBLIC, réalisé entre le 11 et le 14 juillet sur l'ensemble du territoire national et recueillant les avis d'un millier de personnes. Ses résultats étaient à la fois surprenants et porteurs d'un certain espoir quant au règlement de ces graves questions. Ainsi, 77% des sondés insistaient sur l'importance centrale du milieu familial dans les dérives des jeunes. Plus étonnant encore, 56% d'entre eux estimaient « qu’il serait préférable que les mères restent à nouveau à la maison après une naissance »[4].
Il se peut donc que les solutions aux problèmes posés ne puissent être réglées ni par la répression policière, ni par la médiation de l'Etat, mais par une revalorisation d'une conception plus stricte et plus encadrante de l'éducation familiale. De ce point de vue, décorer chaque coin de rue d'une caméra de surveillance ou embaucher un « coach de vie » par famille désunie ne changera rien à la donne. Ainsi que le veut une vraie démocratie, la décision en revient inévitablement au peuple, seul à même de choisir par lui-même l'avenir qu'il entend donner à ses enfants.
[2] Diffusion du 8 juillet 2007, disponible sur http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=608000&mode=video&id1=514798&id2=8004059 [3] Olivier Guéniat, La délinquance des jeunes, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, Lausanne, 2007 [4] Le Matin Dimanche, 15 juillet 2007, page 5. Soumis par Alain Mermoud le Mar, 2007-07-17 17:15
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