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Irak : les "leçons" du passé ?

Face à la volatilité de la situation irakienne, l’armée américaine tend à se tourner vers le passé, afin de comprendre comment conduire avec succès une « contre-guérilla » ou une « contre-insurrection ». L’exemple qui suscite le plus d’intérêt est la guerre d’Algérie (1954-1962) et la bataille d’Alger (1957). En Algérie comme en Irak, les foyers d’instabilité principaux se trouvent en ville. Dans les deux cas, l'adversaire est partout et nulle part; une armée régulière est confrontée à des formes de guérilla ou à des groupes armés adeptes du terrorisme de masse; le temps joue en leur faveur. Les deux conflits présentent aussi des différences, dans la mesure où en Algérie, l'armée française avait la conviction de combattre sur son sol, avec l'appui d'une partie de la population, les "Pieds-Noirs" (plus de 10% de la population algérienne en 1959) et les harkis. "Comparaison n'est donc pas raison", et des parallèles trop faciles contribuent à donner de deux situations historiques complexes une image trop schématique.

L’exemple algérien fait presque oublier que les Britanniques ont été confrontés eux aussi à une insurrection en Irak en 1920. Lorsqu’ils occupent la Mésopotamie en 1914, ils n’ont pas l’intention d’y créer un Etat. Leur souci immédiat est alors de protéger leurs intérêts dans le Golfe persique. Mais dès 1918, leur occupation s’étend sur tous les territoires qui forment l’Irak actuel. Partout, une administration est établie sur le modèle des Indes britanniques, mélange d’administration centralisée (Bagdad) et décentralisée (élites locales). La mainmise britannique sur le pouvoir central suscite une révolte générale en 1920, matée en cinq mois au prix de milliers de morts. La principale leçon que les Britanniques tirent de ces événements est la nécessité de mettre sur pied un gouvernement local, avec une armée et une administration, et donc de recourir aux services des élites administratives et militaires de l'ex-Empire ottoman, sunnites arabes pour la plupart. Evidemment, l'influence britannique se perpétue grâce à des "conseillers" ou des bases militaires. Cette formule est à l'origine du régime de Saddam Hussein.

Pour les Américains, il semble trop tard pour tirer des leçons du même type, alors que le pays est déjà en proie à une guerre civile qui ne dit pas son nom.

 

PS

Soumis par Pierre Streit le Dim, 2007-07-22 13:27