Weblog"Infirmières bulgares" : manque de transparenceL'affaire des infirmières bulgares dans son ensemble est parfaitement trouble, la lisibilité des tractations est inversement proportionnelle à la médiatisation de toute l'affaire. Sans verser dans le pur cynisme, on ne peut réprimer des pensées fort peu "humanitaires" ; une prise d'otage s'éternisant depuis huit ans, qui refait surface à quelques mois d'un dénouement heureux après des rebondissements oscillant entre l'inhumain et le grotesque. On peine par exemple à croire que le peine de mort ne fut pas un élément (parmi d'autres) des tractations visant à la libération. Le tout bien entendu sous l'œil humide des caméras occidentales… Comme tout tombe à pic, décidément ! Soulagement d'une opinion publique soigneusement travaillée, premier coup politique réussi pour le nouveau couple de l'Elysée (Madame Sarkozy se sera rendue deux fois à Tripoli en dix jours), bénéfices considérables pour la Libye tant sur le plan international (Nicolas Sarkozy a justifié sa visite par la volonté d' "aider la Libye à réintégrer le concert des nations", que sur le plan financier (461 millions , versés par le Fonds Benghazi et dont la provenance exacte reste incertaine). Le rôle du Qatar est volontiers évoqué, un pays dont les liens avec la France remontent à la première visite officielle de Jacques Chirac en 1995. Le fils de l'Emir, Jouan Ben Hamad Al-Thani, avait défilé sur les Champs-Elysées le 14 juillet dernier. Certains commentateurs indépendants rappellent également la commande de huitante Airbus par Qatar Airways en mai dernier, occasion d'une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani. La presse de boulevard s'est beaucoup intéressée au sort des infirmières et aux tortures subies durant leur capture ; les journaux télévisés (notamment France 2 le 24 juillet) s'appesantissent sur les cicatrices des mauvais traitements subis. Pendant ce temps, chez les diplomates, l'on s'affiche avec Kadhafi, et on rajoute à la "non-rançon" déjà versée la prime d'un contrat pour des réacteurs nucléaires. Le décalage est flagrant entre la médiatisation des souffrances subies par les otages – d'autant moins admissibles que les accusations portées contre eux étaient ubuesques – et la mécanique huilées des marchandages entre démocraties et "Etats-voyous", qui utilisent de malheureuses femmes comme otages. On peine également encore à comprendre comment une affaire de politique intérieure libyenne entre le Colonel Kadhafi et son opposition islamiste, ait pu se transformer en marchandage international sur fond de politique compassionnelle. Une chose est certaine : la Libye possède bien les plus fortes réserves de pétrole et de gaz du continent africain... Soumis par Alain Mermoud le Jeu, 2007-07-26 23:07
Infirmières bulgares
Le manque de transparence est une nécessité absolue. Une exigence de transparence formulée par un quelconque pays occidental se serait heurté à une fin de non-recevoir de la part des autorités libyennes. Et les infirmières seraient restées en prison. Je ne connais pas un seul gouvernement ou entité, qu'elle soit gouernementale ou terroriste, qui ait accepté que des tractations de libération d'otages se déroulent sur la place publique.
La Libye s'est rendue coupable d'une prise d'otages, certes. C'est là un fait indéniable. Mais pour les diplomates, il s'agissait de prendre acte de ce fait même s'il est profondément injuste et intrinsèquement criminel. Là encore, qu'est-ce que les diplomates auraient dû faire ? Se draper dans leur moralité et laisser les infirmières bulgares croupir dans les geôles libyennes ? Et puis cela fait déjà longtemps que les pays occidentaux conluent des contrats avec la Libye. Pourquoi cette soudaine volée de bois vert ? Ne serait-elle pas, par pur hasard, suscitée en sous-main par des concurrents malheureux qui auraient voulu vendre à la Libye autre chose que des Airbus ? Pourquoi tant de bruit autour de la vente à la Libye de quelques missiles Milan alors que dans le même temps, les Etats-Unis vendent à l'Arabie Saoudite des armes pour plusieurs milliards de dollars ? Vous savez, l'Arabie Saoudite, la terre d'origine de Ben Laden. Le pays qui a fourni à al-Qaeda tant de terroristes de valeur. Le pays où les droits de l'homme, et de la femme bien entendu, sont si bien respectés.
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D'accord avec vous que la diplomatie secrète (oh, l'élégant pléonasme) ne pose pas de problèmes en soi, sauf à prendre ses désirs moraux pour des réalités géostratégiques. Ce qui est très dérangeant, c'est l'aspect chorégraphique du truc. Huit ans, qu'elles "croupissaient" déjà, lesdites infirmières, et dans une indifférence médiatique parfaitement opaque. Et puis voilà que leur histoire atroce redevient newsworthy ? Que les chéquiers se débloquent en coulisse? Et que l'Abominable Homme des Dunes mérite qu'un Président français se décarcasse pour lui bricoler un strapontin dans le Concert des Nations ? Deux temps trois mouvements, réglé, emballé, passons à autre chose, en attendant les autobios des victimes ? On a beau savoir que la politique internationale n'est pas une chose pour les estomacs fragiles, la couleuvre est un peu grosse pour être avalée avec un simple verre de Perrier. C'est égal qu'on ne sache pas ce qu'il se passe dans les coulisses, mais si c'est pour un spectacle d'aussi mauvaise qualité, il y aurait de quoi se faire rembourser.
depuis quand les bons sentiments font-ils donc une politique ? Espérons seulement que les chrétiens resteront unis...
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