WeblogSous-effectifs chroniques dans les forces spécialesComme le révèle Jean-Philippe Merchet sur son blog, Secret Défense, les forces spéciales françaises n'échappent pas aux manques d'effectifs que connaissent leurs homologues d'outre-Manche ou d'outre-Atlantique ; l'obligation de ne faire aucun compromis sur la sélection pour ne pas perdre drastiquement en efficacité opérationnelle fait que, dans un exemple extrême, le cours "nageur de combat" de l'Ecole de plongée de Saint-Mandrier s'est achevé sans qu'aucun candidat ne le réussisse. A l'heure où la France réexamine ses opérations extérieures, qui nécessitent souvent les capacités spécifiques des unités engagées par le Commandement des Opérations Spéciales (COS), ces problèmes d'effectifs prennent une importance croissante : l'augmentation constante des opérations militaires de basse intensité valorise les capacités les plus difficiles à obtenir et à conserver au sein des armées. Chercher à faire accroitre le nombre d'opérateurs, comme aux États-Unis, se heurte à une réalité implacable. La solution a pourtant été comprise depuis des années par les différentes armées de terre : il s'agit de faire en sorte que les unités conventionnelles, et notamment l'infanterie légère, s'inspirent des unités spéciales et intègre certaines de leurs pratiques, comme l'aspect central de l'individu, l'autonomie maximale des patrouilles, la flexibilité des approches ou l'entraînement croisé des opérateurs. Ainsi les forces spéciales peuvent déléguer à d'autres unités un ensemble de tâches, comme l'instruction de contingents étrangers, pour se focaliser sur les missions les plus difficiles. Le principal obstacle à un tel pragmatisme reste cependant l'hostilité générale des forces conventionnelles à ceux qui ne le sont pas, et donc l'incompréhension qui en est la base... Soumis par Ludovic Monnerat le Mar, 2007-07-31 16:04
Les nouvelles forces spéciales suisses
La mise en place du détachement de reconnaissance 10 permet de soulever un certain nombre d’éléments intéressants. Tout d’abord revenons sur ses missions. L’une d’entre elles est le rapatriement des citoyens suisses à l’étranger en cas de crise. Qu’est ce que cela implique? Prenons un cas concret pour mesurer à quel point cela pose problème : supposons que des ressortissants suisses soient en danger dans un pays africain (comme cela a été le cas en Côte d’Ivoire, Sierra Leone, RDC, Rwanda, Burundi, etc.). Ce détachement devrait alors avoir l’aval des autorités suisses, puis trouver un moyen de locomotion (rappelons que la Suisse ne dispose pas de moyens de transports aériens lourds comme C-130 Hercules ou C-160 Transall loué à l’Espagne) et une fois sur place, trouver des moyens de transport légers (hélicoptère Puma ou jeeps) pour se rendre dans les résidences de citoyens isolés en espérant que l’ambassade sur place (ou la DFAE) aura eu assez de temps pour lui fournir des données exactes sur le nombre et la localisation des individus, les risques, les itinéraires, les autres missions étrangères, etc. Cela me paraît difficilement réalisable, sans compter le risque d’accrochage, de devoir riposter et tuer des « civils armés » (quel droit applicable ? qu'en est-il de l'ingérence du pays?) ou d’avoir des pertes humaines dans ses rangs (la réaction en Suisse ne se ferait clairement pas attendre). Bref je crois que ce genre de mission fait appel à une grande logistique et un savoir faire que des armées comme la France, la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis possèdent, ces dernières ne se gênant pas pour procéder à l’extraction de leurs citoyens sans demander l’avis du gouvernement du pays en proie à des violences. Pour les ressortissants de « petits » pays, la meilleure solution reste, comme ce qui à été toujours fait depuis, de demander l’aide à des professionnels d’autres armées.
Deuxièmement au sujet de la récolte de renseignement : la Suisse dispose du SRS, SRM, SRFA, pour les renseignements extérieurs, sans compter la DFAE et son réseau d’ambassades et d’analystes et enfin du SAP, qui bien qu’étant limité au renseignement interne, à son propre réseau pour s’échanger des informations venant de l’étranger. Mais alors quid du rôle de ce détachement ? Les envoyer sur le terrain incognito comme les SAS, le COS ou les SEALS ? Ou bien tout simplement se limiter à un briefing et débriefing du SRS ou SRM avant et après la mission ? Je doute que cela soit très bénéfique en matière de renseignement, à part peut-être dans le cadre d’un exercice grandeur nature avec d’autres armées (où on en profite pour récolter des informations) ou encore d’une guerre conventionnelle où le détachement serait envoyé derrières les lignes ennemies en Turbo Porter. Enfin pour ce qui est de la protection des citoyens ou plus généralement des intérêts suisses à l’étranger (comme les ambassades), la Suisse dispose des troupes de fortification. D’ailleurs ces dernières ne sont pas toujours envoyées dans des zones véritablement à haut risque (comme l’Irak), mais peut être que cela va changer avec ce nouveau contingent, ce qui permettrait de ne plus engager des sociétés privées.
Pour résumer, je pense que l’idée de créer un pareil détachement est, en théorie, très intéressante, car il permet de « moderniser » l’armée en lui fournissant une unité capable de faire parler de lui d’un point de vue politique (un peu dans le genre de la mission de la Swisscoy). Malheureusement cela ne tient absolument pas compte des réalités du terrain, particulièrement des missions que la Suisse peut faire à l’étranger avec les moyens logistiques dont elle dispose ainsi que la volonté politique.
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Votre commentaire appelle quelques précisions. Premièrement, les opérations d'évacuation s'effectuent le plus souvent de façon multinationale et aucune nation, à part peut-être les États-Unis, ne peut projeter suffisamment de moyens pour être indépendante ; autrement dit, même des nations comme la France ou la Grande-Bretagne comptent sur l'intégration de petits contingents pour assumer certaines tâches, en fonction des moyens disponibles. Les évacuations du Liban l'an dernier, qui se sont effectuées sans menace directe, l'ont montré. Notamment sur le plan de la location de moyens de transport civils (tout le monde y a recours, et mon expérience à Sumatra m'en a montré l'intérêt). Deuxièmement, sur la base de son profil et de ses missions (présentés la semaine dernière), le DRA 10 est une unité militaire sans équivalent au niveau suisse. Aucune confusion ne peut exister avec la sécurité militaire, qui est une formation policière et qui opère face à des menaces réduites (dans une perspective militaire, s'entend). C'est précisément parce qu'elle avait une lacune dans ses outils militaires projetables que la Suisse a créé une unité spéciale telle que la DRA 10, qui est apparue dans le Plan directeur de l'Armée XXI. Je me souviens que cet aspect, à l'époque, faisait déjà l'objet d'un soutien politique clair... Merci pour vos précisions, je ne suis pas tout à fait d’accord avec les opérations d’évacuations, car si je ne m’abuse, l’exemple de la Côte d’Ivoire a montré que la France pouvait tout à fait se débrouiller seule (il faut toutefois rappeler que des compagnies de sécurité locales ont collaboré et que la France disposait déjà d’un contingent sur place). Un autre exemple est l’opération Amaryllis et Turquoise au Rwanda en 1994 où la France a procédé à l’évacuation de 1500 étrangers et au transport de 2500 hommes, 700 véhicules ainsi que 9000 tonnes de matériel en un peu plus d’un mois. D’autre part le cas du Liban est à mon sens un exemple à part, car l’évacuation par la route a rapidement été coupée (vers la Syrie) et le principal flux s’est concentré sur des couloirs que la marine israélienne a laissé libre selon un horaire bien précis, ce qui a obligé à regrouper les nationalités et à remplir les bateaux arrivant de Chypre (le ferry Lera Petra français). Pour ce qui est de l’intégration de soldats suisses lors de pareilles évacuations je ne vois vraiment pas une autre armée en accepter (ou peut-être après de très longues tractations) car il ne s’agit pas d’une action humanitaire dans le genre de Sumatra. Enfin en cas de crise la DFAE envoie ses experts sur place qui sont en charge de l'analyse et prennent contact avec les représentations étrangères pour effectuer l'évacuation des ressortissants suisses. D’ailleurs je me demande ce que ce département pense (en interne) de la poussée du DDPS dans le domaine international...
Sur votre second point j'ai malheureusement de la peine à vous suivre : en effet si je vous ai bien compris, en cas de menace réduite, le DRA ne serait donc pas envoyé. Mais en cas de menace élevée, ne procède-t-on pas à une évacuation? Et si ce n'est pas le cas, pourquoi ne pas envoyer les troupes de forteresses et la police militaire pour effectuer la surveillance des intérêts suisses ? Ces derniers sont spécialisés dans ces domaines (surveillance, fouille etc.), à moins que leur niveau d’entraînement ne soit pas assez élevé, ce dont je doute fort.
Pour terminer je me demande, sans vouloir paraître trop critique, si ces nouvelles troupes s’inscrivent dans le même concept de la Swisscoy, à savoir le « devoir » de faire des engagements internationaux car il faut remplir les nouvelles missions de l’armée XXI et donc se « montrer » à l’étranger. Mais pensez-vous que le DRA 10 va réellement entrer en action à l'étranger dans le cadre de ses missions, mis à part peut être pour l’instruction des troupes ou d’autres petites missions sporadiques pour les occuper ? Espérons que ce nouvel exemple ne terminera pas comme au Kosovo où le recrutement ainsi que la logistique font souvent défaut (comme l’immobilisation de la quasi totalité des Piranhas due au nombre élevé de kilomètres parcourus), sans parler de la motivation dans une pareille mission.
Sans parler des FS, le recrutement de "simples" para-commandos devient catastrophique à l'armée belge. Voyez la situation actuelle:
Effectifs des unités Para-Cdo:
1 Para (Diest): 314, soit 58,6% du T.O. (526);
2 Cdo (Flawinne): 325 (60,5% de 537);
3 Para (Tielen): 281 (53,1% de 529).
Total: 920 (57,8% de 1592).
Certains avancent que seulement 36% des candidats réussissent la formation pour expliquer ce déficit. Il faut souligner aussi les démissions volontaires conséquentes à la démotivation de ne pas faire le job (d'élite) pour lesquels ils sont formés, mais d'être réduits à faire des opérations de police ou des missions humanitaires.
Au total, il manque donc 672 Para-Cdo mais l'Armée n'en recrute que 114 (17%), dont 95 pour Tielen!
Explication: le budget restreint. Evidemment, quand, lors des différents conclaves budgétaires, notre "cher" ministre de la Défense (PS) a "offert" au gouvernement des millions € de notre budget pourtant drastiquement étriqué depuis 15 ans (la dernière fois, il a cédé 80 millions "non affectés budgétairement"), il est clair que soit il a mal réalisé l'étude du budget 2007, soit, il n'a rien à f... des Para-Cdo, ni des tranches "optionnelles" de matériel à roues dont certains chefs expliquent déjà que les véhicules achetés sont insuffisants pour réaliser toutes nos missions. Ou alors, qu'un agenda caché concernant une nouvelle réduction des forces belges soit élaboré… Pour mémoire: de plus de 100.000 hommes (dont 35.000 miliciens) en 1992, l'Armée belge doit être réduite à 27.725 unités, dont seulement 7.725 feront une carrière complète.
Par contre, le nombre de généraux reste constant (Officiellement, 37 mais plus en réalité).
Merci pour toutes ces informations précises ! Cela serait évidemment utile de savoir si des sources officielles mentionnent cela également, ou s'il s'agit d'une information d'origine interne uniquement... Quoi qu'il en soit, l'état des forces armées belges est particulièrement alarmant, et les responsabilités de votre inamovible ministre de la Défense particulièrement lourdes !
On peut s'interroger sur les conséquences de l'exigence des entrainements. Peut-être assisterons-nous à l'emploi de prothèses, d'implants bioniques, stimulateurs et autres. Les FS de Thaïlande peuvent déjà, il me semble, porter des lentilles de contact, et les drogues ont toujours fait officieusement et parfois officiellement partie de l'équipement du soldat.
On n'en est pas encore là, mais il faut noter qu'aux États-Unis, les opérations des yeux au laser afin d'avoir une vision de 20/20 sont de plus en plus fréquentes pour les jeunes hommes désireux de joindre les forces spéciales ou de devenir pilote.
Peut-être est-ce plus proche qu'on ne le croit.
Un infirme, Oscar Pistorius, amputé des deux jambes, court le 100 m en 46’’56 grâce à des prothèses. Un temps proche des athlètes "avec jambes". Il envisage de concourir aux JO, et pas aux "handisports", ce qui fait débat, ses prothèses lui procurant un avantage selon ses détracteurs.
A suivre, donc.
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