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Conflit d'intérêt à Tsahal

Lors de l'évacuation de deux familles de colons de Hébron, en Cisjordanie, l'armée israélienne s'est frottée à une difficulté inattendue: une trentaine de soldats a refusé de participer à l'opération... Pour des motifs religieux.

L'information est rapportée dans le journal Le Temps de mercredi. Les objecteurs ont été bien trop peu nombreux pour compromettre la manoeuvre; 3'000 hommes étaient mobilisés. En revanche, ils étaient membres d'une unité d'élite, ce qui jette un sérieux doute sur la fiabilité que Tsahal peut accorder à ses soldats les plus religieux, fussent-ils intégrés dans une unité prestigieuse. Israël fait face à une situation étrange: alors que les laïcs sont obligés de servir - et réticents, comme le révèle ce billet - les religieux, bien que théoriquement exemptés de service militaire, se portent volontaires en grand nombre:

[La] volonté de servir ne cesse d'augmenter dans les cercles nationalistes religieux, principalement constitués de colons. En 2006, par exemple, 55% des membres des unités d'élite de Tsahal et des diplômés de l'école d'officiers de la Force terrestre provenaient des colonies ou avaient effectué leurs études dans des Yeshivot hesder (écoles talmudiques). Cela alors que les nationalistes religieux ne représentent pas plus de 20% de la population juive du pays.

Malheureusement, cette volonté de contribuer à la défense d'Israël ne vient pas sans contrepartie: une vision particulièrement exigeante de ce que cette défense du pays doit être, et surtout, ce qu'elle ne doit pas devenir. En cas de doute, les indécis peuvent s'en référer aux autorités religieuses; ainsi, les éléments d'élite de Tsahal ont préféré suivre les recommandations de rabbins leur interdisant de participer à cette mission plutôt que de respecter les ordres de leurs supérieurs hiérarchiques. Sur le plan opérationnel, les risques sont évidents, comme l'explique le député progressiste Ran Cohen du Meretz:

"Il faut trancher dans le vif si nous ne voulons pas que notre armée tombe en morceaux. (...) Ce phénomène est apparu durant l'évacuation de la bande de Gaza et il s'est étendu. Il constitue un danger pour l'armée et pour notre système démocratique. Si nous n'y prenons pas garde, Tsahal deviendra une sorte d'auberge espagnole, où chacun acceptera ou non de participer à des opérations en fonction de ses idées politiques ou de la profondeur de sa foi."

Dans tous les pays du monde, les soldats, et encore plus ceux issus de la conscriptions, sont tiraillés entre l'obligation d'obéissance et leurs convictions personnelles. Dans ce dilemme, la piété tient une place à part: que vaut l'ordre ponctuel d'un supérieur militaire terrestre face à aux obligations célestes mettant en jeu l'âme éternelle d'un croyant?Evidemment, les obligations n'entrent en conflit que lorsque les circonstances amènent une incompatibilité entre les deux. Un soldat en temps de paix à qui on demande de balayer la caserne ne risque guère de s'arracher les cheveux devant une impasse morale insoluble. En revanche, en situation de stress, dans des circonstances qui décident de la vie et de la mort, ces questions sont nettement plus susceptibles de ressurgir. L'interdiction de tuer imposée aux croyants ne pose problème que le jour où un militaire doit tuer. La vision biblique du Grand Israël ne pose problème que le jour où la mission de l'armée consiste à évacuer de forces des colons juifs orthodoxes installés en Cisjordanie.

On peut penser que ces défis sont circonscrits à Tsahal, l'armée nationale d'un Etat imprégné du parfum de la théocratie. Mais on peut aussi estimer que ces problèmes sont exacerbés, non par la piété des soldats, mais par les missions de combat auxquelles ils font face. Dans d'autres pays du monde, combien de conscrits ou de volontaires accepteraient d'accomplir une mission frappée d'un interdit religieux? Tant que l'armée se cantonne à des exercices et des simulations, nul ne peut y répondre.

Soumis par Stéphane Montabert le Jeu, 2007-08-09 16:39