Revue

Le Chef de l'Armée fait ses adieux officiels


Cérémonie adieux CdALors d'une cérémonie menée au château de Spiez le 14 décembre 2007, le commandant de corps Keckeis a officiellement pris congé et passé le témoin à son successeur. Une étape symbolique pour la nouvelle armée.

Après 5 années passées à la tête de l'armée, le pilote se prépare à reprendre son vol : en présence du Conseiller fédéral Samuel Schmid, de plusieurs autres représentants du monde politique, des attachés de défense étrangers en Suisse et de la presque totalité des généraux, le commandant de corps Christophe Keckeis a officiellement fait ses adieux ce vendredi 14 décembre.

Pour symboliser cette étape, une cérémonie simple et digne s'est déroulée dans la cour du château de Spiez, puis dans l'église adjacente ; loin de la ronde des drapeaux organisée à l'occasion du passage de l'Armée 95 à l'Armée XXI, la fin du mandat du premier Chef de l'Armée s'est effectuée dans la continuité. Même si l'armée traverse depuis des années une période de turbulences profondes et répétées.

 

Un soldat exemplaire et reconnu

Depuis 2003, l'environnement politique, médiatique et économique du pays a en effet fait de la mise en œuvre de la nouvelle armée un défi quotidien. C'est dans cet environnement que le commandant de corps Christophe Keckeis est devenu le premier soldat du pays et s'est attaqué avec une énergie rare à la réforme de l'instrument militaire approuvée par le peuple, mais avec des missions toujours plus amples et des ressources toujours plus réduites.

Le Chef du DDPS n'a pas manqué de louer l'honnêteté et la loyauté constantes du Chef de l'Armée, dans sa défense de l'armée vis-à-vis des difficultés subies, mais aussi dans le respect du primat de la politique. Il a également souligné le succès de la nouvelle armée face à tous les engagements que des situations de crise ou des lacunes sécuritaires ont rendu nécessaires, comme les missions d'aide humanitaire à l'étranger ou l'appui aux autorités civiles en Suisse.

Samuel Schmid a également noté le langage de soldat qu'a constamment utilisé le Chef de l'Armée, son propos carré et digital, son refus d'enjoliver les choses. Cet aspect de son commandement a suscité passablement de réactions dans la classe politique, peu habituée à un militaire disant haut et fort ce qui se chuchotait plus volontiers dans les couloirs de l'ancien État-major Général. Cela lui a d'ailleurs valu son lot de critiques et d'adversaires résolus, y compris dans les rangs de l'armée.

Car le premier Chef de l'Armée a surtout tenté de forger ce nouvel instrument issu de la transformation de la politique de sécurité, cette organisation cohérente et unie portée sur le papier par les réformateurs de l'armée, mais dont l'esprit a été et reste combattu. Une institution accoutumée pendant des décennies au partage du pouvoir, au temps des Grandes Unités largement autonomes, n'a pas encore intégré la hiérarchisation amenée par l'Armée XXI.

Dans le livre récemment publié "Christophe Keckeis - L'avenir de l'armée suisse", le Chef de l'Armée n'a d'ailleurs pas caché que l'esprit de clocher, l'absence d'une vraie pensée interforces, est l'un de ses plus grands regrets à l'heure où s'achève son commandement ainsi que sa carrière militaire. Charge est donnée à son successeur, le futur commandant de corps Roland Nef, de poursuivre sur la voie et de poursuivre l'évolution des esprits que demande notre temps.

A l'heure des remerciements, le Chef de l'Armée a également tenu à rappeler la situation difficile dans laquelle les divergences d'opinion de la classe politique l'ont placé : le fait que le Parlement n'ait jamais pu s'entendre sur le plus petit dénominateur commun en matière de défense nationale n'a pas facilité la collaboration avec les Chambres, même si les contacts avec les commissions de politique de sécurité ont toujours été constructifs et dépassionnés.

Le passage décisif de la cérémonie a été la remise de l'étendard du général Guisan du commandant de corps Keckeis au Conseiller fédéral Schmid, puis de ce dernier au brigadier Nef : ainsi est symbolisée la passation de pouvoir qui sera effective le 31.12.07, à minuit. Pourtant, au-delà de l'aspect cérémonial, le Chef de l'Armée a également pris le temps d'énumérer 4 facteurs à ses yeux primordiaux en matière de politique de sécurité, en indiquant que le débat se poursuivra à leur sujet :

  • la menace, point de départ de toutes les réflexions en rapport avec la mission de l'armée et la forme qu'elle doit revêtir. Le terrorisme et l'extrémisme frappant aussi l'Europe occidentale, la guerre cybernétique et la prolifération de savoir-faire nous touchant aussi, l'évolution de l'armée doit être fondée sur l'analyse des risques et dangers ;
  • l'étranger, avec lequel des contacts étroits sont indispensables, surtout pour une armée qui depuis des décennies est épargnée par la guerre, mais qui attend également autre chose de la Suisse que de la commisération et de l'argent lors de crises majeures - pour la gestion desquelles la sécurité est un élément indispensable ;
  • l'armée de milice, dont l'abandon serait une perte massive de qualité. L'expérience des pays ayant récemment renoncé à la conscription a montré les effets néfastes de l'abandon du citoyen-soldat. La responsabilité personnelle dans la sécurité collective est un bien précieux, à laquelle aucune société ne peut se permettre de renoncer ;
  • la coopération, non seulement internationale, mais aussi et surtout nationale, que trop d'idéologie contribue à réduire, alors que la sécurité doit être l'objectif de tous. Les barrières arficielles entre les organisations chargées de la sécurité

 

Ce message du Chef de l'Armée reflète ses préoccupations quant à l'avenir de la sécurité du pays. Il résume également les enseignements d'un soldat confronté au maintien et au développement d'un outil militaire tour à tour délaissé et instrumentalisé par la classe politique de notre pays. Comme le montrent ses réponses ci-dessous au rapide entretien qu'il nous a accordé, c'est néanmoins un bilan positif qu'il tire de son action.

Avec les adieux de Christophe Keckeis, l'armée suisse voit partir l'homme qui a incarné sa modernisation et son adaptation aux défis de notre ère, qui l'a littéralement tirée de toutes ses forces en avant. A la gratitude pour son engagement exceptionnel se conjugue le regret de ne plus pouvoir compter, sous une forme ou une autre, sur son expérience et sa perspective uniques - même s'il a plus que mérité sa liberté retrouvée !

 

Lt col EMG Ludovic Monnerat

 

 

 

Trois questions au Chef de l'Armée

 

Mon Commandant de Corps, après 5 années passées à la tête de l'armée, quel élément vous donne le plus de satisfaction ?

La réussite de la réforme. Ce n'était pas une chose évidente au départ, mais nous sommes allés de l'avant et nous avons dépassé le point de non-retour, on ne peut plus revenir en arrière. A partir de maintenant, on passera d'une étape de développement à l'autre.


Est-ce dire que l'armée va continuer à se transformer en permanence ?

Cette réforme a été un véritable choc, il ne s'en produira plus avant longtemps. Pour une réforme de cette dimension, avec une date précise, nous avons dû faire le forcing ; désormais, il s'agit d'un processus, avec des étapes de développement, c'est-à-dire des pas progressifs et pragmatiques, sans aller trop vite, de manière à permettre à la milice de suivre le mouvement. Le rythme actuel est le bon, avec une étape de développement tous les 4 ans - en tout cas aussi longtemps que la menace nous en donne le temps !

 

Est-ce que ce rythme pourrait être plus rapide ?

Oui, on pourrait aller plus vite, et par exemple faire tous les 2 ans à Berne un tour d'horizon et des ajustements. Mais une chose que j'ai également apprise, c'est la nécessité de faire preuve de plus de patience dans la transformation de l'armée. La milice a besoin de temps pour s'adapter, et c'est une chose tout à fait positive vis-à-vis des menaces non militaires qui nous touchent.

Soumis par Ludovic Monnerat le Sam, 2007-12-15 17:30