RevueUne Royal Navy au bord du naufrage
Selon les journaux (notamment le Daily Telegraph et le Sunday Times), le gouvernement Blair souhaiterait encore économiser près de 400 millions d'euros sur le budget de la Défense. La Royal Navy, déjà contrainte de réduire ses forces, préparerait le retrait de six destroyers et frégates, tout en reconnaissant que treize autres bâtiments sont, si ce n'est en réserve, du moins peu opérationnels. Le format de la flotte est aujourd'hui des plus limités, au regard des intérêts historiques et stratégiques de la Grande Bretagne. A la fin de la guerre froide, en 1989, la flotte anglaise représentait 589.000 tonnes, dont 153 bâtiments de combat, chacun d'un tonnage supérieur à 2000 tonnes. Au 1er janvier 2006, ce chiffre était tombé à 470.500 tonnes (le gros du tonnage étant assuré par les navires de soutien), dont seulement 63 bâtiments de combat hauturiers. Enfin, de nouvelles réductions d'effectifs se profilent à l'horizon.
La situation des forces d'escorte n'est guère meilleure. Réduits de 13 à 8, les destroyers lance-missiles vieillissent (livrés entre 1980 et 1985), leur principal système d'armes, le Sea Dart, accusant lui aussi son âge. En 2009, le nombre de DLM pourrait tomber à seulement six, le retrait des Exeter et Liverpool étant programmé. Concernant les frégates, aucune solution de remplacement n'est encore arrêtée pour les quatre dernières Type 22 (dont une a été affectée à la formation des cadets), le programme Future Surface Combattant ayant été ajourné en 2004, faute de crédits. Les FSC, prévues à 20 exemplaires, devaient également remplacer les 16 frégates de la classe Duke (type 23). Bien que relativement récentes, trois d'entre-elles ont été vendues l'an passé au Chili. Au Royaume Uni, les échos les plus pessimistes évoquent une nouvelle réduction des forces d'escorte. Comptant 60 unités fin 1988, elles passeraient de 25 actuellement à seulement 19 dans les toutes prochaines années. Une autre type 23 pourrait être vendue et un certain nombre de nouveaux bâtiments abandonnés.
En ce qui concerne la flotte de surface, la houle est sévère. Alors qu'aucun projet ne voit le jour pour remplacer les 17 frégates, la flottille des nouveaux destroyers lance-missiles du type 45, variante britannique des Horizon, devrait être vraisemblablement réduite de 8 à 6 unités (12 initialement). Pire, selon le site britannique Navy Matters, très au fait de ces questions, l'hypothèse de la vente des cinquième et sixième destroyers (Defender et Duncan), par exemple à l'Arabie Saoudite, serait envisagée. Pour mémoire les quatre premiers bâtiments, actuellement en construction chez BAE Systems, dépassent l'enveloppe budgétaire de plusieurs centaines de millions d'euros et accusent du retard. De plus, la tête de série, le HMS Daring, initialement prévue en mai 2007, ne sera pas livrée avant décembre 2009, en raison semble-t-il de problèmes de mise au point du radar Sampson et du Principal Anti Air Missiles System (PAAMS), étudié en coopération avec la France et l'Italie.
Au beau milieu de cette tempête, la question de l'avenir des deux futurs porte-avions (CVF), les Queen Elizabeth et Prince of Wales, se pose plus que jamais. Initié en 1998, ce programme ne cesse d'être retardé. Prévu fin octobre 2006, la « main gate », équivalent du dossier de lancement et de réalisation a, ainsi, été reportée. Les industriels réclameraient un budget de 3.8 milliards de Livres (5.7 milliards d'euros), jugé trop cher par le ministère de la Défense britannique. Un autre facteur aggravant, apparu l'année dernière, pourrait avoir des incidences négatives sur le projet des CVF. De sources américaines, Londres envisagerait de n'acheter que 138 avions de combat JSF, au lieu de 150. La version à décollage court et appontage vertical, le F 35B, serait menacée. Les quatre flottilles devant équiper les futurs porte-avions ne pourraient recevoir que 9 appareils chacune, au lieu de 12. L'ensemble, compte tenu des arrêts techniques, ne fournirait même pas le parc aérien complet d'un navire, fixé à 36 avions. Quant à la France, engagée auprès de la Grande-Bretagne afin de réaliser un troisième porte-avions en coopération, ces incertitudes sont des plus problématiques, à quelques mois de la présidentielle. Au moment où la mer se trouve plus que jamais au coeur des enjeux et rivalités internationales, l'Elysée juge indispensable de redonner à la France un second porte-avions, conférant la capacité d'intervenir en permanence, à l'autre bout du monde, pour défendre les intérêts du pays. Entre volonté politique, image d'une sanctuarisation européenne et réalisme économique aussi bien qu'opérationnel, des choix devront être faits, et de manière diligente.
Vincent Groizeleau, du site Mer & Marine
La RMS remercie Mer & Marine pour avoir promptement autorisé la reprise intégrale de cet article. Soumis par Ludovic Monnerat le Jeu, 2007-01-11 18:15
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