Revue

Armée : un programme d'armement en nette baisse


 Le Conseil fédéral a approuvé aujourd'hui le programme d'armement 2007, qui porte sur des crédits d'engagement de 581 millions de francs. Axé avant tout sur des éléments de conduite, il ne devrait pas susciter de résistance particulière. La faute à une année électorale ?

L'an dernier, l'armée suisse avait jeté les bases d'une modernisation à même de lui permettre de rattraper son retard par rapport aux standards internationaux : grâce au programme d'armement 2006 d'un coût de 1,5 milliards de francs, elle avait en effet effectué de nombreux investissements indispensables, parvenant même à obtenir ces chars du génie que le Parlement lui avait refusé en 2004.

Cette augmentation des investissements semble pour le moins marquer le pas, puisque le programme d'armement 2007 réduit la facture de près d'un milliard de francs et se contente de poursuivre des projets en cours de réalisation et de compléter ou de mettre à jour des éléments existants. Pour un renouvellement des plateformes militaires, il faudra donc attendre des jours meilleurs - et probablement un Parlement différent.

 

Numérisation de l'armée

L'armée se doit en effet d'éviter, par ses projets d'acquisitions, de susciter à nouveau l'alliance contre nature entre la droite nationaliste et la gauche antimilitaire qui a abouti à bloquer l'étape de développement 08/11 et à épurer le programme d'armement 2004. Un danger encore plus grand en pleine année électorale, où la chose militaire peut très bien être utilisée comme un thème discriminant entre les partis gouvernementaux pour renforcer leur identité spécifique. Le DDPS, qui parvient progressivement à faire accepter l'optimisation pourtant indiscutable de l'armée, s'en tient à une prudence de bon aloi.

Ainsi, le programme d'armement 2007 ne compte que trois objets, dont les deux principaux sont liés à la conduite et le troisième à l'instruction :

  • Système d´informations de conduite des Forces terrestres, 2e étape, pour 278 mio. Fr. ;
  • Accroissement de la capacité de l´infrastructure de télécommunications, pour 277 mio. Fr. ;
  • Simulateur de tir au laser pour le char 87 Leopard WE, pour 26 mio. Fr.

La numérisation de la composante terrestre est un chantier aussi vaste qu'important : elle octroie aux armées qui l'ont adoptée une optimisation de la conduite et des effets à même de transfigurer les opérations de combat de haute intensité. Une troisième tranche sera nécessaire au tournant de la décennie pour parachever cet investissement essentiel, mais l'introduction du SIC FT et l'augmentation des moyens de télécommunication sont aujourd'hui une condition sine qua non pour l'aptitude de l'armée à remplir ses missions à moyen terme, notamment en coopération avec d'autres armées. Enfin, le nouveau simulateur de tir pour les Leopard 2 contribueront à augmenter l'efficacité de l'instruction. Rien de tout cela ne prête le flanc à la critique, à moins de sombrer dans le dogmatisme. 

Cependant, les grands investissements militaires à venir sont connus, et vont déchaîner les passions : il s'agit avant tout de renouveler et de développer les capacités aériennes. D'une part, un remplacement devra être trouvé pour les avions de combat F-5 Tiger, qui parviendront définitivement en fin de vie vers 2012, et l'avion polyvalent qui sera choisi devra permettre de retrouver la capacité de frappe air-sol que l'armée a perdue avec le retrait des Hunter. D'autre part, les missions de l'armée à l'étranger, aujourd'hui déjà, rendent hautement souhaitable l'achat d'un ou de deux avions de transport, selon le modèle, ou une solution plus flexible passant par la location ou le leasing. Augmentation des capacités de combat et de projection : voilà bien deux thèmes polarisants.

Ainsi, le slalom annuel des programmes d'armement - un coup à gauche, un coup à droite - ne pourra plus se poursuivre très longtemps, et la refondation de notre politique de sécurité autour de positions consensuelles apparaît la seule solution pour avoir un outil militaire crédible. Voilà 9 ans qu'ont été présentés les travaux de la commission Brunner, sur la base desquels est née la réforme Armée XXI. Compte tenu de l'évolution rapide du monde dans l'intervalle et du rythme soutenu à laquelle cette évolution se poursuit, il est grand temps de repenser la stratégie de la Suisse face aux menaces de notre ère. Notamment pour obtenir une armée fournissant des réponses à ces menaces, sans être constamment tiraillée entre des missions et des intérêts non priorisés.

 

Lt col EMG Ludovic Monnerat

Soumis par Ludovic Monnerat le Mer, 2007-02-28 18:40