RevueLes drones, aujourd'hui et demain
On commence à deviner les drones dans les années 1960 pendant la guerre du Vietnam, ils sont très tôt présents en Israël et se généralisent dès 1990 en Irak, au Kosovo et en Afghanistan. Cent ans après les débuts de l'aviation, ils arrivent à maturité, exploitant de multiples innovations technologiques. Militaires, parfois civils, ils deviennent incontournables pour le renseignement, la surveillance, le combat. Les performances asymptotiques des systèmes informatiques, des transferts de données, la réduction de leurs dimensions, de leur poids et de leur consommation d'électricité, l'apparition du GPS et de centrales de navigation de petite taille, la simplification de leur mise en œuvre, leur capacité à effectuer des tâches toujours plus complexes expliquent le succès des drones. Les calculateurs de certains systèmes évolués élaborent eux-mêmes la situation et se transmettent les informations en prenant même certaines décisions, évidemment limitées par des actions humaines. Seuls ces systèmes s'avèrent aptes à prendre en compte avec une extrême rapidité les menaces multiples actuelles. On peut dès lors parler de guerre info-centrée et comprendre l'importance des drones dans un tel environnement!
Grandes familles de drones opérationnels
Les systèmes opérationnels aujourd'hui Les drones d'observation aujourd'hui les plus courants, équipés de caméras normales et infrarouges, de radars, représentent un élément important du renseignement tactique et stratégique, de la guerre info centrée. Officiellement, il n'en existe pas qui brouillent les radars, les communications ou le GPS... Le drone armé permet de réduire au maximum la boucle « Observation - Orientation - Décision - Action » (OODA), une capacité particulièrement utile dans la lutte anti-terroriste. Il convient de distinguer les engins de reconnaissance armés, comme le Predator et le Hunter, relativement faciles à mettre au point, et les vecteurs avec armement en soute et haut niveau de furtivité, ce qui n'est pas à la portée de tous les Etats. Actuellement, seuls les Etats-Unis et Israël produisent de drones de combat qui utilisent des armes déjà en service, certaines adaptées, ou des armes nouvelles non développées pour cet usage. Les Predator ont d'abord reçu des missiles Hellfire, puis une version dont l'autodirecteur a un champ d'acquisition élargi. La « petite bombe standard » de l'US Air Force devrait équiper le Reaper, mais on annonce qu'il pourrait aussi emporter toute une panoplie de missiles air-air et air-sol. Le Switchblade, mini drone de combat américain lancé à la main et révélé en janvier 2007, répond à des exigences opérationnelles de l'US Army en Irak et en Afghanistan. Il est à même de combattre un tireur isolé, un nid de mitrailleuse ou une position de lance-mines. Lors de rencontres internationales comme celles du G8, de grandes manifestations politiques ou sportives (l'Euro 2008 en Suisse), la police et les organes de sécurité recourent de plus en plus à des drones empruntés aux militaires ou développés spécifiquement à leur intention. Lors d'incendies de forêts, les caméras infrarouges des drones, leur système FLIR détectent, après l'intervention des pompiers ou des bombardiers d'eau, les zones où le feu pourrait reprendre. Lors des opérations de recherches et de sécurisation après les inondations en Nouvelle-Orléans, les militaires utilisent des mini drones Raven pour localiser des zones difficilement accessibles.
Partisans et opposants En général, les militaires se montrent favorables aux drones, parce que ceux-ci sont fiables, endurants et précis dans les localisations et les frappes, qu'ils permettent un traitement des informations en temps réel, un facteur important dans la guerre info centrée et, surtout, qu'ils réduisent les risques de pertes humaines - à une époque où médias et opinions acceptent mal les morts au combat. De plus, le drone peut survoler un territoire étranger, sans grands risques politiques et diplomatiques. En Europe, les politiques se disent favorables aux drones, mais leurs actes, notamment les décisions concernant des investissements en vue de développements ne suivent pas, ce qui explique le quasi-monopole des Etats-Unis et d'Israël qui font, dans ce domaine, une véritable politique étatique. Beaucoup de pilotes militaires voient dans le drone une menace pour leur fonction, partant leur activité professionnelle et le nombre de places de travail. Ils soulignent aussi qu'un système télécommandé, voire automatisé n'offre pas les mêmes possibilités de réactivité et de sécurité qu'un engin piloté. Chez les défenseurs des droits de l'homme, on craint l'effet Big Brother,[3] c'est-à-dire la possibilité d'une surveillance constante et universelle de la part des forces de l'ordre, ce qui mettrait en périls les libertés individuelles. Des arguments similaires avaient été émis lors de la généralisation de l'informatique et du déploiement de systèmes de caméras dans les grandes métropoles. Au lendemain de l'annonce par le ministère français de l'Intérieur de son intention de se doter d'un système, « léger et ponctuel » de drones de surveillance, de nombreuses personnes affirment sur plusieurs sites Internet avoir été survolées par de tels engins lors de manifestations, alors que le système n'en est qu'à la phase de construction!
Recherches et développements, des pistes pour le futur A terme, les vecteurs aériens HALE, MALE et tactiques emporteront de nombreuses charges utiles, actuellement en développement : détection des Improvised Explosive Device (IED) basée sur des techniques d'imagerie ou sur des capteurs « Hyper spectral », détection de toxiques de combat chimiques, détection acoustique et localisation de forces au sol ou de sniper, détection radar dans des environnements difficiles (objectifs sous feuillage), relais pour des réseaux de communication sans architecture au sol, missions de guerre électronique, essentiellement écoute mais également brouillage. Etape ultime de la miniaturisation des capteurs et des systèmes, ainsi que de la réduction des coûts, le drone consommable, largué par un avion piloté, un drone MALE ou tactique, voire à la main, qui marquera des cibles, éclairera une zone donnée. Engagé en masse, il pourrait saturer une défense aérienne locale. Les premiers systèmes de micro-drones feront leur apparition, mais ne seront pas encore opérationnels avant 15 à 20 ans. Des drones de 15 centimètres envergure, certains destinés à une utilisation dans des bâtiments, ont déjà fait leur apparition. Mais leur endurance, leur comportement dans les turbulences et les contraintes aérologiques posent problème. De tels systèmes ont-ils un réel intérêt militaire? Leur déploiement en masse lors d'opérations militaires n'irait pas sans grandes difficultés. Des mini-drones, plus rustiques mais plus limités, semblent plus adéquats. En revanche, ces micro-drones pourraient s'avérer utiles pour la police et la lutte anti-terroriste... Deux grandes familles d'armements spécifiques pour les drones commencent à émerger. D'une part, facilitant l'emport, des roquettes, des bombes et des missiles classiques, de masse et de dimensions réduites, dont le système de propulsion, de navigation et d'auto direction sont adaptés aux conditions « drone » mais dont le pouvoir de destruction équivaut à celui de munitions plus grandes. D'autre part, des armes innovantes à micro-ondes, opérationnelles dans les 10 à 15 ans, ou à énergie dirigée, voire des armes non létales, par exemple des filets, des moyens acoustiques ou lumineux pour le contrôle des foules. Des drones apparaissent prometteurs, capables de voler longtemps et aptes à effectuer, dans un délai très bref, un raid dans la profondeur du dispositif ennemi. On parle de missions Strike. Il serait ainsi possible de faire planer pendant une longue période une menace sur une zone donnée. Aujourd'hui, les systèmes pilotés et les systèmes non pilotés communiquent très peu, en opération. Ils cohabitent, parfois difficilement, mais ne travaillent pas vraiment ensemble, même si les hélicoptères israéliens AH-64 Apache peuvent recevoir des informations des drones qui se trouvent à proximité. A l'avenir, une collaboration interarmes devrait s'imposer! Dans les quinze ans qui viennent, il devrait y avoir une véritable intégration des drones dans le trafic aérien. L'US Air Force envisage un système permettant de connaître, en une heure, la position et l'état d'une cible sur l'ensemble de la planète, ainsi que la possibilité de la traiter, avec des armes conventionnelles, dans un délai ne dépassant pas une heure après la détection initiale. Des drones, qui imposent moins de contraintes que des appareils pilotés, pourraient répondre à ce besoin en volant à Mach 10. Le système pourrait être opérationnel vers 2020. D'autres études, aux Etats-Unis, cherchent des solutions pour ravitailler des drones en vol avec des appareils pilotés. Des systèmes HALE volant toujours plus longtemps à de très hautes altitudes deviendront des compléments, voire des concurrents meilleur marché pour les satellites de communications et de renseignement. Les drones pourraient utiliser la propulsion électrique par cellules solaires ou par pile à combustible. A court terme, la défense anti-drones devrait évoluer, étape de la lutte éternelle entre la lance et le bouclier : des missiles air-air d'avions de combat, des missiles sol-air comme le Stinger ou le Patriot, capables de combattre des drones tactiques et HALE, des hélicoptères comme le Tigre engagent au canon des drones tactiques. Ils en font de même à la roquette ou au missile contre des drones MALE. S'il apparaît difficile d'émettre des hypothèses sur la place des drones dans les armées à l'horizon 2025-2030, il semble certain qu'ils seront toujours présents comme marque de modernité et d'excellence. Les drones de tous types figureront dans la liste des équipements vitaux pour mener des opérations militaires avec succès. Comme les robots, ils seront là pour assister le combattant et lui permettre de consacrer son temps à d'autres activités.
Colonel Hervé de Weck /p>/>>/>>/>>/>>/>>/>>/>>/>>/>>/>>/>>/>>/>>/>>/> [1] Marc Grozel; Geneviève Moulard: Drones, mystérieux robots volants. Les yeux et le feu du XXIe siècle. Panazol, Lavauzelle, 2008. 447 pp. [2] Il existe des drones « tactiques lourds », par exemple l'Hermes-450 israélien. [3] Référence au roman 1984 de George Orwell, qui évoquait l'avènement d'un régime ayant réussi à mettre au point un système de surveillance totale. Soumis par Ludovic Monnerat le Lun, 2010-03-08 09:55
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