Revue

Odyssée 02: Vers une balkanisation de la Libye ?


Carte des combats en LibyeAlors que les avions décollent et que les bombes tombent, quelle est la stratégie en cours en Libye ? Au-delà des déclarations des uns et du silence retenu mais convenu des autres, qui décide des opérations ?

Sur le plan décisionnel, la Résolution 1970 du Conseil de Sécurité de l'ONU (26.02.2011 -), votée à l'unanimité, détermine clairement les buts à atteindre. La Résolution 1973 (17.03.2011) votée par 10 voix et 5 absentions, se prononce sur les moyens pouvant être mis en œuvre pour atteindre ceux-ci.

Les termes de cette dernière Résolution laissent beaucoup de marge d'interprétation. L'expérience des conflits, des opérations de stabilisation ou de maintien de la Paix de ces dernières années démontrent que différents Etats-membres peuvent interpréter de manière fort différente ces moyens ; ils les appliquent également sur le terrain de manière différentielle.

Sur le plan du commandement, la France s'y étant fortement opposée, l'OTAN ne pilote pas les opérations militaires. Mais ce sont néanmoins ses moyens et son infrastructure qui sont utilisées dans la pratique. Ainsi peut-on distinguer trois centres de commandement importants :

  • La liaison et la coordination entre les commandements nationaux sont assurés à Stuttgart, où se trouve le QG de l'US Africa Command, du général Carter Ham.
  • Le commandement Sud interarmées de l'OTAN, à Naples.
  • Le commandant des forces navales américaines en Europe, l'amiral Sam Locklear, à partir de son QG de Naples ou son navire de commandement l'USS Mount Whitney (LCC-20).

La France est intervenue seule et en premier. Les objectifs et les moyens étant différents, il se dessine donc une coalition à géométrie variable.

Sur le terrain, les situations sont également différentes d'un endroit à l'autre. En effet, on estime la population qui s'est soulevée contre son leader à un tiers voire un quart - nous sommes donc loin de la situation de la Tunisie ou de l'Egypte. Les combats, d'autre part, sont de plus en plus localisés à l'Est du pays. C'est là, incidemment, que se trouvent l'essentiel des ressources énergétiques du pays...

L'expérience laisse donc penser que l'on assistera, à terme, à une distinction entre deux, voire trois espaces :

  • A l'Est, la Cyrénaïque, un engagement visant à protéger la population, au plus proche des forces rebelles - qu'il s'agit d'appuyer et surtout de ne pas toucher par des erreurs de ciblage. Cette zone pourrait être mise sous la responsabilité des pays les plus actifs dans l'action militaire actuelle: France et Grande-Bretagne en premier lieu.
  • A l'Ouest, en Tripolitaine, une action d'interdiction de vol et, au besoin, également contre les mouvements militaires terrestres, menée par les puissances moins belliqueuses; ceci pourrait également s'accompagner de la création de zones tampon ou démilitarisées. On peut imaginer que les alliés arabes interviendraient prioritairement dans ce cadre.

Dans cette logique, on comprend mieux les déclarations politiques du Président américain, qui promet qu'il n'y aura pas d'invasion ou d'engagement de troupes terrestres de son pays. On comprend également les déclarations du Président français et du Premier-ministre britannique, qui insistent sur la protection des populations et l'autodétermination. Et enfin, les déclarations de Moscou et de Pékin, qui insistent sur la volonté de maintenir l'unité de la Libye.

L'expérience des conflits récents démontre en effet que sans une forte présence internationale, l'unité des pays en guerre est généralement sacrifiée au profit d'un découpage militaire et politique, dans le but de séparer les problèmes, voire les groupes humains. Souhaitons que l'Afrique du Nord et le Moyen Orient ne connaissent pas, à leur tour, la « balkanisation. »

 

Alexandre Vautravers

Soumis par Alexandre Vautravers le Dim, 2011-03-20 10:49